INTERNATIONAL(du 15/11/2002 au 02/02/2003)(fin de la deuxième partie)

par ERIC JL BRETON

Dimanche 2 février 2003
Faire l'amour en plein air pourra valoir six mois de prison aux Britanniques


[jeudi 30 janvier 2003 - 12h44 heure de Paris]

© AFP
Couple de nudistes en plein air à Londres
© AFP/Archives Sinead Lynch
LONDRES (AFP) - Les couples pris en flagrant délit de relations sexuelles en plein air ou dans un quelconque lieu public seront passibles de six mois de réclusion, selon un projet de loi britannique sur les crimes sexuels.

Les personnes qui s'exposeront aux regards des passants en se livrant à leurs ébats seront coupables de délits sexuels, a expliqué mercredi le secrétaire d'Etat à l'Intérieur Hilary Benn. "Personne ne veut être le spectateur malgré lui de personnes faisant l'amour dans un lieu public", a-t-il ajouté, soulignant cependant que la législation ne se préoccuperait pas de telles activités pratiquées dans des lieux privés.

Les ébats amoureux dans un jardin privé visible de la rue tombent sous le coup de la loi. En revanche, y échappe le même spectacle dans un salon donnant sur la rue et dont les rideaux sont restés ouverts.

Ces dispositions visent également le "cottaging", terme qui date des lois victoriennes et qui définit des "rencontres homosexuelles dans les toilettes publiques" totalement interdites au XIXème siècle. Désormais, "si la porte de la cabine des toilettes était ouverte, alors clairement un délit a été commis. Si c'est fermé, c'est différent", a précisé M. Benn.

Ce projet de loi devrait être débattu devant le parlement dans les prochains mois.



Dimanche 2 février 2003
EUROPE

Le Traité de Nice
entre en vigueur

Le texte, signé en 2000, "ouvre la voie à la première unification pacifique du continent européen", selon le président de la commission européenne.


Les pays candidats à l'Union européenne (carte Sources d'Europe)
 


Le Traité de Nice, censé préparer l'élargissement de l'Union européenne, qui accueillera dix nouveaux membres au 1er mai 2004, entre en vigueur samedi.
Négocié en 2000 durant la présidence française de l'Union européenne, le texte "ouvre la voie à la première unification pacifique du continent européen", a commenté vendredi le président de la commission européenne Romano Prodi. «En supprimant le droit de veto des Etats membres dans certains domaines, il permettra également à l'Europe d'agir plus efficacement», a-t-il ajouté.
La Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie, la Slovénie, la République Tchèque, Chypre et Malte doivent faire leur entrée au sein de l'UE au 1er mai 2004.
Les changements constitutionnels prévus par le traité doivent prendre concrètement effet en 2004.

Nouvelle pondération

Le traité de Nice élargit le Parlement européen, dont la nouvelle assemblée élue en juin 2004 comptera 732 membres. Le nombre de commissaires européens au sein de la prochaine commission qui entrera en fonction en novembre est limité à 25. Une nouvelle pondération des voix au Conseil des ministres entrera aussi en vigueur au 1er novembre 2004. Et dans 27 domaines, les décisions ne se prendront plus à l'unanimité mais à la majorité qualifiée.
La négociation du traité de Nice en décembre 2000 avait fait ressortir les divisions entre les Quinze. Initialement prévu pour deux jours, le sommet avait duré cinq jours, entre marchandages et disputes sur la pondération des votes nationaux. La ratification du traité s'était ensuite avérée difficile, avec le rejet surprise du texte par les électeurs irlandais. Il aura fallu organiser un deuxième référendum pour que ces derniers l'approuvent finalement à l'automne dernier. AP


Dimanche 2 février 2003
La Belgique marie ses homosexuels
Après les Pays-Bas, c'est le deuxième pays à voter une telle loi.
Par Julie MAJERCZAK

samedi 01 février 2003


 
 
 

  Bruxelles correspondance

es Belges sont décidément surprenants : après avoir légalisé l'euthanasie fin 2002, ils autorisent le mariage homosexuel, et cela alors qu'ils vivent dans une monarchie où la religion catholique garde tout son poids. Et un projet de dépénalisation du cannabis devrait être adopté sous peu. De quoi faire méditer notre République laïque.

Après les Pays-Bas, en décembre 2000, la Belgique devient donc le deuxième pays au monde à autoriser le mariage gay. La proposition de loi a été adoptée, jeudi soir, à une large majorité : 91 voix contre 22, et 9 abstentions. «Les mentalités ayant évolué, il n'y a plus aucune raison de ne pas ouvrir (le mariage) aux personnes du même sexe», a insisté en séance plénière de la Chambre des représentants le ministre de la Justice, Marc Verwilghen.

Entremêlés. Sans surprise, le texte a été soutenu par les écologistes, les socialistes et les libéraux flamands, trois partis laïques. Il a suscité des votes partagés du côté des libéraux francophones, pourtant membres de la coalition gouvernementale. Plus surprenant, il a reçu l'appui d'une partie des sociaux-chrétiens flamands (dans l'opposition). Comme fréquemment en Belgique lorsqu'il s'agit de loi touchant à des questions éthiques, certains partis avaient laissé la liberté de vote à leurs députés. Résultat, les clivages majorité-opposition et croyant-non croyant se sont entremêlés. «Les libéraux ont une image d'humanistes, mais c'est un parti qui a des côtés encore très conservateurs», explique un conseiller ministériel. Quant aux sociaux-chrétiens flamands, «c'est vrai qu'ils nous ont surpris», reconnaît le même conseiller.

Sur le fond, le texte accorde aux couples homosexuels les mêmes droits qu'aux couples hétérosexuels, qu'il s'agisse des droits sociaux, fiscaux ou de ceux liés au patrimoine et à l'héritage. Idem en cas de divorce. Seules exceptions, mais de taille : l'adoption et la filiation. Ainsi, dans le cas d'un couple lesbien, la mère biologique sera considérée comme l'unique parent de l'enfant. Le texte prévoit, en outre, qu'un couple homosexuel ne pourra pas adopter d'enfant.

Concession. Les socialistes et les écologistes ont répété leurs regrets. «Le mariage homosexuel est un premier pas. L'adoption d'enfants par des personnes du même sexe reste en tête de nos priorités», a promis la socialiste flamande Magda De Meyer. «Ce sera pour la prochaine législature», assure la vice-Première ministre socialiste Laurette Onkelinx, tout en rappelant le parcours très difficile de la loi. Outre la rumeur selon laquelle le roi Albert refuserait de signer la loi, le principal obstacle venait des libéraux francophones. C'est d'ailleurs pour lever leur opposition que le gouvernement a dû renoncer à l'adoption. Même avec cette concession majeure, le ministre des Affaires étrangères libéral, Louis Michel, n'a pas été suivi par ses troupes, comme le montre le vote de jeudi. Contrairement à ce que le Premier ministre belge, Guy Ver-hofstadt, avait souhaité en juin 2001, le mariage homosexuel ne sera pas limité aux Belges ou aux personnes originaires de pays où ce type d'union est reconnu. Pour autant, il y a peu de chance que la Belgique devienne le «Las Vegas gay». En effet, la Cour de justice des communautés européennes de mai 2001 a jugé que les pays de l'UE ne sont pas tenus de reconnaître les partenariats enregistrés ou les mariages célébrés entre personnes du même sexe dans d'autres Etats membres. Le texte, qui a déjà reçu le feu vert du Sénat, doit entrer en vigueur quatre mois après sa publication.


Dimanche 2 février 2003
La Grande-Bretagne durcit son droit d'asile
Tabloïds et conservateurs dénoncent l'infiltration terroriste.
Par Christophe BOLTANSKI

samedi 01 février 2003


 
 
 

  Londres de notre correspondant

our les tabloïds britanniques et les leaders conservateurs, tout réfugié est dorénavant un terroriste en puissance. L'amalgame est fait presque chaque jour au Royaume-Uni, depuis le meurtre d'un policier à Manchester et la découverte de ricine, un poison mortel, dans un appartement londonien. Il a suffi que des demandeurs d'asile figurent parmi les personnes arrêtées lors de ces deux opérations antiterroristes pour que l'ensemble du débat sur l'immigration dérape.

«Ghetto de la mort». Le chef des Tories, Iain Duncan Smith, a soufflé un peu plus sur les braises mardi en déclarant qu'un nombre «significatif» de terroristes se cachaient parmi les 100 000 réfugiés qui arrivent chaque année en Grande-Bretagne. «Le message aux terroristes doit être le suivant, a-t-il déclaré. Restez chez vous ou vous serez renvoyés dans votre pays !» Au passage, il a accusé le gouvernement néo-travailliste d'être «incapable» de défendre les frontières du royaume.

Les conservateurs semblent bien décidés à exploiter politiquement la crainte des attentats. Ils sont aidés par une presse populaire qui ne s'embarrasse plus d'aucun scrupule. «Alors que Tony Blair tente de nous convaincre de faire la guerre à l'Irak, nous invitons ouvertement les terroristes à venir profiter de nos allocations sociales», écrit le Sun qui diffuse à 3,5 millions d'exemplaires. «Si Hitler arrivait, nous lui accorderions l'asile», surenchérit le Daily Mail.

Le ministre de l'Intérieur, David Blunkett, a demandé aux médias d'éviter les incitations à la violence. «J'ai peur que des gens ne décident de se faire justice eux-mêmes», a-t-il déclaré au New Statesman, la revue de la gauche britannique. Une inquiétude fondée sur la lecture du News of the World, déjà responsable par le passé de quasi-lynchages de présumés pédophiles. Sous le titre le Ghetto de la mort, l'hebdomadaire dominical fournit au moyen d'une photo aérienne les adresses des étrangers musulmans ­ Irakiens, Algériens, Albanais ­ qui vivent dans le quartier de Manchester où l'inspecteur Stephen Oake a été poignardé.

Droits de l'homme. Cette campagne de haine profite d'abord à l'extrême droite. Le British National Party (BNP) a remporté la semaine dernière une élection locale partielle à Halifax, dans le nord de l'Angleterre. C'est sa cinquième victoire en un an. Une progression qui embarrasse d'autant plus le New Labour qu'elle intervient sur ses terres.

Attaqué de toutes parts, Tony Blair a encore durci le ton contre les clandestins. «La situation actuelle est inacceptable», a-t-il lancé dimanche au risque de faire le jeu de ses adversaires. Alors qu'une nouvelle loi destinée à limiter l'immigration vient d'entrer en vigueur, il envisage de prendre d'autres mesures pour réduire le nombre de demandeurs d'asile «y compris en réexaminant de près nos devoirs dans le cadre de la convention des droits de l'homme».

Oliver Letwin, en charge du dossier de l'Intérieur dans le cabinet fantôme conservateur, l'a immédiatement pris au mot et exigé le retrait de la Grande-Bretagne de la Convention de Genève de 1951 sur les réfugiés. Un député travailliste, Derek Wyatt, a réclamé de son côté un moratoire de deux ans sur les demandes d'asile. Dans ce climat chargé, le Guardian, quotidien de gauche, s'est contenté de rappeler que les auteurs des attentats du 11 septembres «étaient entrés aux Etats-Unis en tant qu'étudiants et non comme demandeurs d'asile».


Dimanche 2 février 2003
Staline : L'idole des jeunes

Emmanuel Saint-Martin

Staline revient ! Après Moscou, Saint-Pétersbourg, l'ancienne Leningrad, qui prépare son tricentenaire, se plonge dans les délices de la nostalgie. Bars, cafés et boîtes de nuit misent sur le style « rétro-soviétique ». Au café CCCP (sigle russe pour URSS), les serveurs portent une chemise rouge, ornée d'une faucille et d'un marteau. Au restaurant Propaganda, on a choisi de reconstituer un appartement typiquement brejnevien, des abat-jour aux livres d'antan. Le Papanine a repris le nom d'un explorateur sous Staline, le Plakoutchaïa Iva, celui d'une série télévisée des années 70.

Les propriétaires de ces lieux appellent cela un « concept attractif ». Et la jeunesse branchée accourt. Sans le moindre motif politique. Comme les trentenaires dansent sur Chantal Goya, ceux de Saint-Pet' s'éclatent sur fond d'« Internationale ». Ni plus ni moins que le goût de l'enfance. « Pour eux, il n'y a eu ni dictateurs ni dissidents, commente une sociologue de l'université locale. Ils n'ont pas eu le temps d'être marqués par le régime totalitaire. »

© le point 31/01/03 - N°1585 - Page 12 - 177 mots

Dimanche 2 février 2003
Etudes, concurrence ou privatisation?
A Strasbourg, les étudiants circonspects sur la réforme.
Par Nicole GAUTHIER

vendredi 31 janvier 2003


 
 
 

  Strasbourg de notre correspondante

l y a le représentant de l'Unef, qui dénonce la «remise en cause du cadre national et égalitaire des diplômes» : «Nous ne voulons pas de pôles d'excellence». Il y a cet étudiant en thèse, qui s'indigne de «l'entrée des entreprises et du Medef dans les universités». Et encore ce tract de FO, distribué à l'entrée de l'amphi : «La solution raisonnable consisterait à suspendre la mise en place de cette réforme» où le syndicat décèle «la marche vers la privatisation de l'université». Mais il y a aussi Benjamin, étudiant en pharmacie, qui lui, aimerait que les choses aillent plus vite pour pouvoir en profiter : «Chez nous, la réforme ne sera mise en place qu'en 2005. Est-ce qu'on pourra quand même bénéficier des avantages de la mobilité si on va étudier dans un autre pays d'Europe ?»

Débat. Hier, ils étaient environ 400 universitaires, étudiants, responsables administratifs et peu d'élus à participer à une table ronde sur la mise en place du LMD (licence, master, doctorat) organisée par l'université Louis-Pasteur de Strasbourg. Ambiance mi-AG, mi-cours magistral. Mi-rebelle, très potache. Un peu de méfiance, beaucoup de questions. Les uns s'inquiètent des noirs desseins «préparés sans concertation par le ministère». Les autres cherchent à comprendre de quoi les lendemains universitaires seront faits : «Les DESS [diplômes d'études supérieures spécialisées, bac + 5], qu'est-ce qu'ils deviennent ?» «Et les IUP [instituts uni versitaires pro fes sion nalisés, bac + 4], on les garde ?»

Face à eux, Jean-Pierre Korolitski, chef de service au ministère de l'Education nationale, Yannick Vallée, président de l'université Joseph Fourier (Grenoble), et Jocelyne Gallezot, vice-présidente de l'université Claude Bernard (Lyon), deux établissements tout juste passés à la réforme.

Questions. Missi dominici du LMD, Jean-Pierre Korolitski en explique la philosophie : «Faire de l'Europe une zone attractive pour le reste du monde.» Tente de rassurer : «Nous n'obligeons personne. Pour la première fois, nous mettons une réforme à l'oeuvre sans abroger les textes antérieurs. Les établissements auront le choix, il n'y aura aucune pression, aucune conséquence en termes de moyens.» Sourires dans la salle. Et encore : «Non, nous ne mettons pas les universités en concurrence. Mais aujourd'hui, il faut bien comprendre que nous sommes en concurrence avec le reste du monde.» Parfois, il se fâche : «Je ne peux pas laisser dire que nous cassons le cadre national des diplômes dans le but de faire plaisir au Medef.» Puis vante encore les mérites du nouveau système : «Il s'agit de donner plus de lisibilité à l'offre universitaire. Par exemple, il existe aujourd'hui dans plusieurs universités un DESS de droit notarial. Il disparaîtra peut-être, mais dans tous les pays du monde, il existe un master of law, pas un DESS de notaires !» Enfin, il y a des cas où Jean-Pierre Korolitski ne répond pas : «Cette question, c'est à vous d'y apporter une réponse», a-t-il répliqué à plusieurs interlocuteurs qui souhaitaient un «prêt-à-l'emploi» précis et technique. C'est bien là que les difficultés commencent.

Crédits et cursus


vendredi 31 janvier 2003


 
 
 

 

'idéal poursuivi par le processus Sorbonne-Bologne consiste à permettre à un étudiant de commencer ses études à Salamanque, de les poursuivre à Londres et de les terminer à Paris. La monnaie d'échange qui permettra de valider les portions de cursus réalisées à chaque étape s'appelle «crédits». L'étudiant pourra les capitaliser au fil de ses études, dans son propre pays (pour aller de Lyon à Marseille) ou dans l'espace universitaire européen. Les 29 pays impliqués se sont par ailleurs engagés à homogénéiser leurs cursus à trois grands niveaux : la licence à bac +3, le master à bac + 5 et le doctorat à bac + 8. C'est le LMD. Enfin l'Association européenne des universités, qui fédère plus de 600 établissements, a lancé à titre expérimental un «master européen» (www.unige.ch/eua). Il impose d'effectuer ses études dans trois pays au moins.

Pour Luc Ferry, ministre de l'Education, les étudiants ont ce qu'ils demandent :
«Nous ajoutons simplement des grades communs»
Par Emmanuel DAVIDENKOFF

vendredi 31 janvier 2003


 
 
 

« Je réorganise cela autour d'un principe simple : à diplôme national, évaluation commune sur procédure unique.»
 

uc Ferry s'y était engagé dès sa nomination, avant même le deuxième tour de la présidentielle : il poursuivra le processus engagé en 1998 à la Sorbonne et visant à la constitution d'un espace européen d'enseignement supérieur. Il doit aujourd'hui convaincre ceux qui craignent que l'université française y perde son âme.

Les étudiants semblent inquiets des réformes engagées en faveur de l'harmonisation européenne des diplômes. Pouvez-vous les rassurer ?

D'abord je ne suis pas sûr que l'inquiétude soit aussi vaste que cela. Elle est portée par quelques organisations mais ne reflète pas forcément la position de l'ensemble des étudiants. Ensuite nous venons de trouver une solution qui devrait les satisfaire afin de garantir le caractère national des diplômes. Les futures licences, masters et doctorats seront désormais habilités en fonction de leur contenu.

Ce n'était pas le cas jusque-là ?

Absolument pas. Ça fonctionnait comme le système des Mines pour une voiture. On vérifiait des critères techniques ­ le nombre d'heures d'enseignement, le statut des enseignants, etc. ­ sans s'intéresser vraiment à la réalité des contenus. Si vous étiez fidèle à ces exigences et que vous aviez de bonnes relations avec la direction de l'enseignement supérieur, vous obteniez votre habilitation ­ je le sais pour l'avoir vécu comme professeur d'université. Par ailleurs, les diplômes des universités et des grandes écoles qui pour beaucoup dépendent d'autres ministères, ne sont pas aujourd'hui évalués par les mêmes instances. Je réorganise cela autour d'un principe simple : à diplôme national, évaluation commune sur procédure unique. En somme, je propose de réunifier l'enseignement supérieur et j'offre aux étudiants très exactement ce qu'ils demandent : la garantie que les diplômes seront vraiment nationaux, ce qui n'est, de fait, pas le cas.

La création du master, à bac +5, signifie-t-elle que les universités ne pourront plus sélectionner fortement les étudiants après la maîtrise (bac +4), comme elles le font ?

Pas du tout. La maîtrise continuera à exister : je ne vais pas supprimer ce niveau de sortie, qui permet par exemple de se présenter à l'agrégation. Il ne faut pas confondre diplômes et grades. Tous les diplômes existants ­ Deug, DUT, etc. ­ sont maintenus. Nous ajoutons simplement de nouveaux grades universitaires, qui seront identiques partout en Europe et faciliteront la mobilité des étudiants.

Vous êtes également soupçonné de profiter des réformes liées à l'Europe pour augmenter les droits d'inscription...

C'est une rumeur totalement infondée mais qui m'inquiète car je l'ai entendue sur des campus. Cela signifie que certains étudiants y croient. Or ce n'est absolument pas dans notre tradition et je n'ai aucunement le projet d'y déroger.

Aucune tentation d'aller vers un modèle américain ?

Non, même si j'en admire certaines vertus. Les campus des plus grandes universités offrent aux enseignants et aux étudiants des conditions de travail exceptionnelles. Ce n'est pas par hasard si vous croisez Habermas ou Serres à Stanford ou Berkeley, pour ne citer que ces exemples. Mais ce modèle repose sur des modes de financement qui nous sont étrangers, aussi bien le recours important aux entreprises que l'importance des droits d'inscription. Je pense en revanche que le modèle français peut être amélioré. Les premiers cycles sont trop spécialisés. C'est pourquoi j'ai proposé l'instauration d'un enseignement de culture générale dans toutes les filières. Mais il ne faut pas rougir : Paris-IV ou Bordeaux-II sont aussi bons que Columbia ou la New York University.

En route vers l'harmonisation des diplômes en Europe
La réforme est mise en oeuvre par les présidents d'université.
Par Emmanuel DAVIDENKOFF

vendredi 31 janvier 2003


 
 
 

LMD Ce sigle désigne le nouvel agencement des grades universitaires : L pour licence, M pour master, D pour doctorat.
 

ne réforme «complexe et profonde» qui suscite dans les universités «une volonté de création sans commune mesure» avec ce que l'on avait déjà vu. C'était avant-hier soir : Michel Kaplan vice-président de la Conférence des présidents des universités, tirait devant la presse un bilan d'étape très volontariste de la mise en place du «LMD». Ce sigle désigne le nouvel agencement des grades universitaires : L comme licence, M comme master, D comme doctorat. Mais il incarne surtout la mutation de centaines d'universités en Europe qui ont organisé des réunions similaires à celle qui s'est tenue hier à l'université de Strasbourg (lire page 23) afin d'expliquer les conditions d'application du LMD. Objectif : construire un espace universitaire européen qui permettrait aux étudiants et aux enseignants de renouer avec la figure de l'estudiant du moyen âge qui sillonnait les routes pour se former (lire encadré).

L'aventure commence en 1997. Quelques semaines après sa nomination à l'Education nationale, Claude Allègre confie à Jacques Attali une mission destinée à «préparer la France à cette compétition de la matière grise que sera le XXIe siècle».

Les cerveaux d'Allègre. La lettre de mission ne mentionne pas l'Europe. L'objectif officiel est de moderniser le supérieur en rapprochant grandes écoles et universités. Attali se met au travail et s'entoure «d'un condensé de cerveaux impressionnants», selon une collaboratrice d'Allègre : le futur ministre des Finances Francis Mer, le sociologue Alain Touraine, le prix Nobel Georges Charpak, l'entrepreneur Michel-Edouard Leclerc... Mais, très vite, l'Europe s'invite dans la réflexion ­ le titre du document final sera : Pour un modèle européen d'enseignement supérieur. Parce qu'elle apparaît aux membres de la commission Attali comme le bon échelon pour répondre à la puissance de feu américaine. Mais aussi parce qu'Allègre lance dès le mois d'octobre le processus qui va donner naissance au LMD. «Comme conseiller de Jospin entre 1988 et 1992, je m'étais convaincu qu'on n'ar riverait à rien en laissant Bruxelles imposer des normes rigides aux Etats, se souvient Claude Allègre. J'ai pris le problème autrement : en proposant un système qui serait animé par les universités elles-mêmes.» Rendez-vous est pris avec Jürgen Rüttgers, homologue allemand d'Allègre, puis avec l'Italien Luigi Berlinguer. Les trois hommes sympathisent. Ils disent banco à une philosophie qui consiste à créer des passerelles via des diplômes reconnus partout et non, comme on le tentait jusque-là, via une unification des diplômes. L'Angleterre, représentée par Tessa Blackstone, rejoint le processus. Résultat : une rencontre est organisée en mai 1998, à la Sorbonne. Elle pose les bases de «l'espace européen d'enseignement supérieur».

Système de crédits. Elles n'ont pas changé depuis et reposent essentiellement sur deux piliers. D'une part une réorganisation des études autour d'un premier cycle de trois ans (licence) et d'un deuxième de deux ans (master). D'autre part la généralisation des «crédits» sur le modèle préexistant du système ECTS (European Credit Transfer System) ­ ces «crédits» permettent de faciliter la mobilité : un diplôme s'obtient en enchaînant des modules d'enseignement qui rapportent des crédits (des «points»).

Mais l'Europe a failli payer cher cette réunion. L'année suivante, 29 pays sont conviés à un sommet à Bologne (1). Certains ruent dans les brancards, vexés d'avoir été tenus à l'écart. Claude Allègre se souvient d'avoir appelé le ministre de la Recherche portugais, un physicien croisé au Cern, pour qu'il convainque son Premier ministre. Lequel, dans la nuit, infléchit la position de son représentant à Bologne. L'accord est arraché aux forceps. Les 29 affirment «leur adhésion à la déclaration de la Sorbonne». Cette fois, LMD et «crédits» vont rentrer dans les faits.

Pendant tout ce processus, la Commission européenne est tenue à distance, si bien que Bruxelles, aujourd'hui encore, n'est pas l'initiatrice mais l'accompagnatrice de la construction de l'espace européen d'enseignement supérieur. «La démarche était totalement originale, analyse Sylvain Kahn, directeur des affaires européennes de Sciences Po, ancien des cabinets Allègre et Lang. Cette politique a été voulue et assumée hors de l'Union européenne. Elle est pourtant parvenue à imposer les universités et le savoir comme enjeux névralgiques de la construction européenne.» Le secret ? «Elle est fondée sur le respect de la tradition universitaire du Vieux Continent, poursuit Sylvain Kahn. Les universités, fières de leur autonomie depuis le moyen âge, sont responsables de la mise en oeuvre du projet. Lequel, d'ailleurs, ne s'adresse qu'à elles : il est formulé en termes d'objectifs techniques ­ le LMD, les crédits ­ parfaitement identifiables par les universitaires... et totalement abscons pour les familles ou les électeurs.»

Méfiance des étudiants. Jack Lang poursuivra cette politique en faisant adopter les décrets nécessaires. Luc Ferry s'y emploie à son tour. Sans mal avec les présidents d'universités, favorables au processus. Plus difficilement avec une partie des étudiants, qui voient dans le système des crédits l'introduction d'une logique marchande et concurrentielle sur les campus ­ le sigle ECTS est détourné en CT$ (lire entretien). Ils n'ont pas tort sur un point : le changement en cours s'apparente à une révolution de velours, dont les effets pourraient radicalement changer la face de l'université française dans les dix ans à venir.

(1) Allemagne, Autriche, Bulgarie, Estonie, Espagne, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Malte, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Royaume-Uni, République tchèque, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Suède et Suisse.


Dimanche 2 février 2003
Au Venezuela. Face à la contestation, le président Chavez se campe en «libertador»
Le crépuscule de Bolivar
Par Jean-Hebert ARMENGAUD

vendredi 31 janvier 2003


 
 
 

«Derrière un grand discours sur la justice sociale se cachait de la pacotille idéologique. Son seul projet est personnel.» Vladimiro Mujica
  Caracas envoyé spécial

rrivé en sauveur à la tête du pays en 1998, le président Hugo Chavez, après quatre ans d'exercice personnel du pouvoir, est aujourd'hui, contesté tous les jours dans la rue. Manifestations, grève générale, campagne des chaînes de télé privées pour sa démission.. Reportage dans un pays proche de l'explosion.

Soudain, les programmes s'interrompent, sur la chaîne publique comme sur les quatre chaînes privées du pays. Sur tous les petits écrans du Venezuela apparaît Hugo Chavez, épaules carrées, raide comme peut l'être un ancien lieutenant-colonel de parachutistes, dans son bureau présidentiel du palais de Miraflores. Comme souvent ces dernières semaines, Hugo Chavez inflige un nouveau «discours à la nation». Un discours fleuve où il sera encore une fois beaucoup question de «révolution bolivarienne», de «peuple bolivarien», de «patrie bolivarienne». De Simon Bolivar, simplement, le libertador, héros national de l'indépendance vénézuélienne, au début du XIXe siècle, cité maintes fois. «Simon Bolivar a dit : "Je suis l'homme de la difficulté." J'ajoute, moi : "Nous sommes le peuple de la difficulté."» Donc Hugo Chavez, «soldat bolivarien», bien sûr, veut «commander la bataille», parce qu'il est «né pour [se] battre pour la patrie», il veut «brûler les vaisseaux de la révolution, car il n'y aura pas de marche arrière». Et quand Simon Bolivar n'y suffit plus, sa réincarnation appelle en vrac à la rescousse Dieu, la Bible et Jésus, épuisant le glossaire militaire. «Jésus est mon commandant en chef : mes respects mon commandant !»
Ce jour-là, les troupes ennemies sont deux : d'une part, les médias privés, en particulier les chaînes de télévision, qui appellent ouvertement à la démission de Chavez ; d'autre part, le secteur pétrolier ­ le pilier économique du pays, 50 % des recettes de l'Etat ­, qui a suivi le mot d'ordre de grève générale politique lancé le 2 décembre contre le Président (lire encadré). Les premiers «inventent, mentent», ce sont des «terroristes médiatiques», des «conspirateurs qui prétendent détruire l'Etat pour le compte de puissants intérêts internationaux que nous connaissons tous». Et ce n'est rien à côté des grévistes du pétrole : «Une cinquième colonne, une armée d'occupation», des «saboteurs» et des «pirates» coupables de «trahison à la patrie» et de «crimes contre l'humanité». Heureusement, face à tous ces «fascistes», il y a le peuple, bolivarien bien sûr ­ c'est-à-dire cette partie de la population qui soutient encore le guide : «Je vous aime, je vous adore chaque jour un peu plus.»
«Gigantesque arnaque»
«Le film de l'homme providentiel ou autre réincarnation de nos libertadores, on l'a trop vu en Amérique latine», lâche Americo Martín, ancien guérillero, aujourd'hui social-démocrate, membre de la Coordination démocratique, vaste ensemble de partis politiques et d'ONG qui fait actuellement office de coalition d'opposition. «Chavez, c'est l'histoire d'une gigantesque arnaque, surenchérit Vladimiro Mujica, également membre de la coalition. Derrière un grand discours sur la justice sociale se cachait de la pacotille idéologique. Son seul projet est personnel, se maintenir au pouvoir coûte que coûte.»
«Nous n'avons pas pu tout faire en même temps, nous manquions de cadres, ce qui compte, c'est que le peuple a pris la parole», se défend un conseiller du Président. Et d'ébaucher un début de bilan : les écoles «bolivariennes» aux horaires élargis à l'après-midi pour ne pas laisser les gamins dans la rue, les constructions de logements sociaux, les marchés populaires, aux prix subventionnés... «De la charité, une goutte d'eau dans une mer de pauvreté, estime Consuelo Iranzo, chercheuse en sociologie du travail à l'Université centrale du Venezuela. En 1998, j'ai voté Chavez, il est doté d'un charisme incroyable, mais quatre ans de ces discours répétitifs, c'est épuisant. A l'époque, toute la gauche vénézuélienne était derrière lui, derrière son discours de justice sociale, son rejet du clientélisme, de la corruption, bref ce contre quoi nous avions aussi lutté. En fait, il s'est surtout consacré à s'inventer des ennemis à sa "révolution", à diviser le pays, à s'accaparer tous les pouvoirs, depuis le Tribunal suprême jusqu'aux syndicats en passant par la Cour des comptes.»
Hugo Chavez a séduit pendant des années des millions de Vénézuéliens, et son charme, son bagout fascinent toujours. Il crève l'écran, déjà, au matin du 4 février 1992, en annonçant sa reddition après le coup d'Etat manqué contre le président Carlos Andres Perez ­ qui sera destitué un an plus tard pour corruption. «J'assume la responsabilité de ce mouvement militaire bolivarien (...). D'autres occasions se présenteront...», prévient le commandant du bataillon de parachutistes de Maracay.
Né en 1954, fils d'instituteurs de province, Hugo Chavez va croiser comme jeune sous-officier l'écume des guérillas marxistes défaites dans les années 60. En 1982, il fonde avec des compagnons d'armes ­ avec lesquels il prête serment à... Bolivar ­ le MBR, le Mouvement bolivarien révolutionnaire. Le putsch raté de 1992 le propulse sur une scène politique et sociale de plus en plus minée par les partis traditionnels, les sociaux-démocrates d'AD (Action démocratique) et les sociaux-chrétiens de Copei, qui se partagent le pays depuis quarante ans, plus soucieux de se répartir entre eux la manne pétrolière que de la redistribuer.
Théories marxistes
Trois ans plus tôt, la répression d'une révolte sociale a fait officiellement 300 morts, sans doute plusieurs milliers en fait. Fernando Falcon, ancien militaire, docteur en sciences politiques, qui dit avoir participé dans l'ombre au putsch de 1992, revient sur ces années où il a croisé Hugo Chavez : «Nous étions une génération de militaires qui avions fait l'académie au début des années 70 et nous avions aussi des cours, le matin, à l'université, où on nous distillait des théories marxistes. Comme beaucoup dans l'armée de terre, nous étions plutôt d'origine modeste, provinciale. Après notre formation, nous sommes entrés, dans des régions pauvres, dans des bataillons contre les guérillas, lesquelles connaissaient un regain d'activité. Et là nous avons découvert un pays potentiellement très riche, avec le pétrole, mais où régnait une grave injustice sociale, où les gens mouraient encore de faim.» C'est à cette époque que vont germer les premiers groupes clandestins révolutionnaires au sein de l'armée.
Après deux ans de prison et sa libération par décret présidentiel, Hugo Chavez se lance à la conquête du pouvoir par des voies plus orthodoxes. Il est élu président haut la main en 1998, puis une nouvelle fois en 2000 après avoir fait adopter ses idées de nouvelle Constitution ­ bolivarienne ­ pour une Ve République ­ bolivarienne. «La loi, c'est moi ; l'Etat, c'est moi», dit-il. Fernando Falcon deviendra, un temps, avant de démissionner, directeur du renseignement à la Disip (Direction des services de renseignements et de prévention) : «La Disip devrait être au service de la sécurité de l'Etat, non pas du gouvernement, ce qui a vite été le cas. J'étais chargé notamment d'espionner le principal opposant de Chavez à la présidentielle de l'an 2000, y compris de mettre sur écoutes son équipe de campagne. Puis de remettre ça avec les syndicats. Chavez est un démagogue irresponsable, il rêve d'être un leader, il joue au président. Son projet politique confus n'a plus rien à voir avec les postulats qui nous avaient conduits au putsch de 92, d'ailleurs il n'a rien résolu, ni du chômage, ni de la pauvreté. C'est un homme qui entend mais qui n'écoute pas. Le despote classique qui fonctionne au caprice. La moindre critique, et on devient son ennemi personnel. Il n'y a qu'à voir comment il traite l'opposition : comme si on était sur un champ de bataille.»
L'ami de Fidel Castro
Le champ de bataille existe. Le ras-le-bol des classes moyennes face à l'autocrate de Caracas les a poussées dans la rue, par dizaines, centaines de milliers parfois, presque quotidiennement. Ce jour-là, Paseo de los Ilustres, les premiers manifestants, armés de sifflets et de drapeaux vénézuéliens, se heurtent aux barbelés, aux véhicules blindés et aux soldats de la garde nationale, qui entend les empêcher de s'approcher d'une zone classée «militaire». Les plus hardis tentent de forcer le barrage et s'en tirent avec des yeux saturés de gaz lacrymogène. «Je ne suis ni "fasciste" ni "assassine", explique Aïda, femme au foyer. On ne gouverne pas en insultant tout le temps le peuple, en faisant croire que tout est blanc ou noir, les bons "révolutionnaires bolivariens" contre les méchants "contre-révolutionnaires". Ce que veut Chavez, c'est nous mettre à sa botte. Et implanter un régime castriste.» Malgré ses façons autoritaires, Hugo Chavez n'a encore jamais ébauché la moindre velléité de copier le modèle cubain, sa «révolution» en est restée au stade d'une nouvelle Constitution. Mais son amitié avec Fidel Castro, qui a porte ouverte au palais de Miraflores, n'a pas peu fait pour miner sa popularité dans un pays si proche de Cuba et si attaché à ses libertés. Le «Cuba, mer de félicité», lancé par Chavez avait de quoi effrayer.
A un jet de pierre du Paseo de los Ilustres, de l'autre côté du pont de la Bandera, les partisans de Hugo Chavez sont rassemblés, retenus eux aussi par la garde nationale. Les sifflets sont remplacés par les bérets rouges de «paras». Le face-à-face durera deux heures, abreuvées d'insultes qui pleuvent à distance. Une semaine auparavant, exactement au même endroit, il y a eu deux morts. Par balles. Le Venezuela n'a jamais été aussi divisé, aussi proche de l'explosion. «Nous lutterons jusqu'à la mort pour défendre Chavez et la Constitution qu'il nous a donnée, dit Antonio, jeune chômeur qui vit de petits boulots de serrurier, descendu des quartiers déshérités périphériques de Caracas. Toutes ces manifestations contre notre président, c'est l'Empire contre-attaque, c'est manipulé par la CIA et les cent familles qui gouvernent ce pays. Mais Chavez ne permettra pas que l'on touche à un cheveu de son peuple. Dans les quartiers, il a fait beaucoup de choses pour nous, comme à l'époque de Pérez Jimenez.» Le colonel Marcos Pérez Jimenez, de sinistre mémoire, qui refusa le résultat des élections de 1952, interdit les partis politiques, instaura une dictature militaire avant d'être chassé du pouvoir par une révolte soutenue par l'armée en 1958.
Mais, en quatre ans, l'enthousiasme du peuple bolivarien n'a cessé de diminuer. De l'aube au crépuscule, le vieux centre de Caracas, qui gravite autour de la place Bolivar, s'agite de l'activité des vendeurs ambulants, les buhoneros, qui proposent sur quelques centimètres carrés de trottoir tout ce qu'il est imaginable d'acheter. Piles et bijoux de pacotille, mangues et mandarines, ail et tomates, copies de jeux vidéo et plaques électriques, hot dogs, jeans et sandales... «Tout ce qu'on voudrait, c'est avoir du travail, plus de travail, dit un vendeur de chicha ­ sorte de riz au lait liquide ­ à son poste six jours sur sept, douze heures par jour, pour 3 dollars les bons jours. L'opposition n'arrange pas le pays avec la grève générale. Chavez, lui, a fait plein de promesses sociales, mais c'était apparemment pour ses partisans et pour eux seuls.».

     

Vendredi 31 janvier 2003
Afghanistan
Le sursaut taliban

Hamid Karzai fait face à une nouvelle alliance des talibans et des fidèles du fondamentaliste Hekmatyar.

Olivier Weber

Le pays des insoumis n'en aura-t-il jamais fini avec ses moines-soldats ? Alors que le président Hamid Karzai marque des points, les talibans resurgissent sur la scène afghane. Et s'accrochent avec les forces américaines. Dans les grottes du Sud-Est, 70 miliciens, affiliés au fondamentaliste Gulbuddin Hekmatyar, ont défié les forces de Karzai et les renforts américains, lors de la plus grande bataille depuis un an dans le pays. Un écueil de plus pour le chef de l'Etat afghan, qui tente de rallier les provinces des seigneurs de la guerre à l'autorité centrale. Une preuve aussi du lien entre les fidèles d'Hekmatyar, ex-Premier ministre de retour d'Iran, et les séides du mollah Omar.

Est-ce un signe du regroupement de forces talibanes dans le Sud ? Selon plusieurs sources, Hekmatyar concentrerait ses hommes dans quelques poches, pour une alliance tactique avec les anciens talibans, qui disposent toujours de caches et de villages de repli dans le sud du pays. Cette bataille intervient au moment où Karzai redoute un possible retrait américain en cas de frappes en Irak. Constat d'un conseiller du chef de l'Etat : le roi serait alors vraiment à nu

© le point 31/01/03 - N°1585 - Page 52 - 211 mots

Vendredi 31 janvier 2003
Pression sur Belgrade pour livrer Mladic
Washington suspendra ses aides si l'ex-chef militaire n'est pas extradé.
Par Petra MARKOVIC

vendredi 31 janvier 2003


 
 
 

«Nous voulons régler la question des crimes de guerre qui menace nos relations bilatérales.» L'émissaire américain chargé des crimes de guerre
  Belgrade de notre correspondante

lors que les nouvelles autorités réformistes de Belgrade sont soumises à de fortes pressions américaines pour qu'elles transfèrent à La Haye l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, le général Ratko Mladic, ce dernier s'occuperait «tranquillement» de ses abeilles, dans les environs de Valjevo, au coeur de la Serbie. Les habitants du village de Vragocanice sont formels : le champ et les ruches appartiennent à ce général inculpé par le Tribunal pénal international (TPI) de «crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide».

Station thermale. Certes, cela fait un certain temps qu'il n'y a pas été vu. Mais les rumeurs vont bon train. L'une d'elles fait état d'une tentative ratée d'arrestation dans la nuit du 30 au 31 décembre. «Mladic se cache probablement bien en Serbie où il a beaucoup de partisans, avec 30 à 50 hommes pour sa protection», explique l'avocat Marko Nicovic. Cet ancien chef de la police de Belgrade, aujourd'hui spécialisé dans la lutte contre le trafic de drogue, se dit convaincu que si une décision politique intervient, l'arrestation de Mladic sera confiée à des commandos britanniques, américains, français ou allemands.

On raconte à Belgrade que le général Ratko Mladic, perçu par beaucoup de Serbes comme un héros, et accusé par le TPI d'être le responsable du massacre, en juillet 1995, de quelque 7 000 Musulmans bosniaques à Srebrenica, passerait le plus clair de son temps dans une station thermale de l'armée, près de Valjevo. Il y aurait trouvé refuge après le transfert vers le TPI, en juin 2001, de son mentor, l'ancien homme fort du pays, Slobodan Milosevic.

Venu à Belgrade la semaine dernière rappeler que le 31 mars était la date butoir après laquelle Washington suspendrait ses aides économiques, Pierre Richard Prosper, l'ambassadeur itinérant américain chargé des crimes de guerre, s'est entendu répliquer par Zoran Djindjic, le Premier ministre serbe, que son pays «ne serait pas en mesure d'ici là de répondre aux exigences américaines». Les autorités de Belgrade espéraient bénéficier d'un répit avec le départ volontaire à La Haye du dernier président de Serbie, Milan Milutinovic, ancien homme de confiance de Milosevic. Espoir balayé. L'ambassadeur américain a non seulement insisté sur l'extradition de Mladic, mais a également réclamé celle de deux anciens officiers de la JNA, l'armée de l'ex-Yougoslavie, Veselin Sljivancanin et Miroslav Radic, déclarés responsables par le TPI du massacre, en novembre 1991, de civils croates à Vukovar, ville de l'est de la Croatie.

«Acte patriotique». Pour Washington, le degré de collaboration de Belgrade avec le TPI conditionne à la fois l'aide économique et, à terme, l'intégration de la Serbie et du Monténégro à l'Union européenne et à l'Otan. «Nous souhaitons régler une fois pour toutes la question des crimes de guerre qui menace non seulement nos relations bilatérales, mais aussi l'avancée de votre pays vers l'Europe», a averti l'émissaire américain.

Zoran Djindjic a prié les inculpés d'accomplir un «acte hautement patriotique» en se rendant volontairement. «Si on me demandait d'aller à La Haye pour aider mon pays, je le ferais sans hésiter. Pourtant, je ne suis pas un aussi grand patriote que Ratko Mladic», a martelé le Premier ministre serbe, tout en affirmant n'avoir jamais reçu des Occidentaux la moindre information «utilisable» ou «méritant d'être vérifiée» quant à la présence de Mladic en Serbie.

Justice sélective. Le président yougoslave Vojislav Kostunica a, quant à lui, dénoncé auprès de l'émissaire américain «la justice sélective» du TPI «qui, a-t-il dit, rejette sur la partie serbe la plus grosse part de responsabilité, ce qui explique l'absence de confiance de l'opinion yougoslave en cette institution». Kostunica et une bonne partie de la population, hostiles à l'idée de reconnaître que les Serbes ont commis des crimes de guerre pendant les conflits de l'ex-Yougoslavie, ressentent comme une injustice le nombre et le rang des inculpés. Les médias de Belgrade s'indignent dans une quasi-unanimité : «Cinq anciens présidents serbes sont déjà à La Haye !».


Vendredi 31 janvier 2003
Iran : l'ex-dauphin de Khomeiny libéré
L'ayatollah Montazéri était maintenu en résidence surveillée depuis cinq ans.
Par Etranger Service

vendredi 31 janvier 2003


 
 
 

 

a libération était attendue et c'est finalement hier matin que l'ayatollah Montazéri a pu quitter sa maison après plus de cinq ans d'une résidence surveillée qui s'apparentait à un isolement presque total. Son premier geste a été de se rendre à la grande mosquée de Qom et sur la tombe de son fils Ahmad mort en «martyr» dans un attentat dans lequel 70 dirigeants religieux ont été tués en 1980...

Critiques. L'ex-dauphin de Khomeiny était tombé en disgrâce quelques mois avant la mort du guide de la République islamique en 1989 : il critiquait trop vertement le pouvoir et la répres sion politique et culturelle. Mais le point de non-retour sera franchi en 1997 quand il mettra en cause l'autorité politique et religieuse du successeur de Khomeiny, l'ayatollah Ali Khameneï. Montazéri était alors mis en résidence surveillée dans sa maison de Qom, la principale ville religieuse du pays.

Dès son premier discours public, hier, le vieil ayatollah a montré qu'il n'a rien perdu de sa combativité. Souriant et en bonne forme malgré ses 80 ans et les rumeurs concernant sa santé, Ali Montazéri a critiqué implicitement le guide suprême. Sans sembler préoccupé de la présence des Gardiens de la révolution chargés de le protéger après l'avoir maintenu à l'isolement. Devant plus de 600 fidèles rassemblés chez lui, il a ainsi affirmé, allusion claire à Khameneï, que «le pouvoir de commandement religieux accordé par Dieu à tous les croyants n'était pas absolu mais limité». Il affirmait de plus sa volonté d'intervenir dans le débat politique : «Comme durant ma détention, je continuerai à répondre aux questions (politiques et religieuses) et à agir, c'est mon devoir religieux.» Il avait en effet publié régulièrement des communiqués pour défendre la liberté et la démocratie ainsi que les réformes du président Khatami.

Popularité. Pour son retour sur la scène, l'ex-dauphin de Khomeiny n'a rien laissé de côté. Non, sa libération n'a pas été conditionnelle, «comme cela a été dit» : «Je ne demande rien à personne excepté à Dieu.» Oui, il a eu raison, en dépit des critiques des conservateurs, de parler aux radios étrangères : «Lorsque notre radio ne diffuse pas nos paroles, nous sommes obligés de (leur) parler. Au moment de la révolution, l'imam Khomeiny parlait aux radios étrangères et personne n'osait le critiquer.» Le défilé permanent dans sa maison montre la popularité intacte de Montazéri qui compte des partisans au Parlement et dans les hautes sphères de l'administration. Particulièrement chez les réformateurs. Deux grands ayatollahs proches de ces derniers, Youssef Saneï et Moussavi Ardebili, lui ont rendu visite. L'ayatollah Taheri, ancien imam de la prière d'Ispahan, qui a démissionné pour protester contre la dérive du régime islamique, aussi. Il est vrai que la légitimité religieuse incontestée de Montazéri ne pourra qu'aider les réformateurs dans leur bras de fer avec les conservateurs....


Jeudi 30 janvier 2003

Les Français quittent la Côte d'Ivoire
Les évacuations continuent ce jeudi. Un premier avion de rapatriés a atterri à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle dans la nuit de mercredi à jeudi. Les passagers, femmes et enfants d'employés, étaient aussi des salariés d'entreprises françaises. La femme de Laurent Gbabgo accuse la France de vouloir qu'"il tombe".
 l'article

 Interview "Laurent Gbagbo joue double jeu", par Jean-Pierre Dozon (EHESS)  Les accords de Marcoussis de plus en plus rejettés  Chronologie des manifestations anti-françaises  Dernières nouvelles sur Abidjan.net  Débat La Françafrique

 


Jeudi 30 janvier 2003
question irakienne
divise l'Europe

Contre la position franco-allemande, huit pays -Grande-Bretagne, Espagne, Italie, Portugal, Pologne, Hongrie, Danemark, Répubique tchèque- appellent à se ranger aux côtés des Etats-Unis.
Le Parlement européen se prononce contre une action militaire "unilatérale".
Les "preuves" américaines comprendraient des photos-satellite et des enregistrements téléphoniques.
 l'article

 L'appel du Times traduit en français  "Preuves" : Powell prépare du concret  Les réactions  El Baradei demande cinq mois de plus  Attaque des USA fin février selon Interfax  L'Irak présidera la Conférence sur le désarmement  Pour le Pakistan, Ben Laden est mort  Interview "Une nouvelle fois, pas de position commune", par Hans Stark (CERFA-IFRI)  Débat L'Irak  Editorial "Non à la guerre ? Voici pourquoi", par Jean Daniel

ONU


L'heure de vérité

La perspective d'une guerre en Irak a soudain replacé les Nations unies en première ligne. Mais, en sortant de l'ombre, l'organisation prend aussi le risque de révéler, du même coup, son impuissance...



 
Conseil de sécurité : mode d'emploi (animation)

Australie - L'autre «meilleur allié» de Bush

 


Mercredi 29 janvier 2003
Corée du Nord: les espoirs de Séoul déçus


[mercredi 29 janvier 2003 - 11h06 heure de Paris]

© AFP
Lim Dong-Won à son arrivée lundi à Pyongyang
© AFP
SEOUL (AFP) - Un émissaire sud-coréen est rentré mercredi de Pyongyang sans avoir obtenu la rencontre espérée avec le numéro un du régime Kim Jong-Il, mais celui-ci a promis d'étudier des mesures proposées par Séoul pour sortir de la crise sur les ambitions nucléaires du Nord.

Au même moment, le discours du président américain George W. Bush sur l'état de l'Union n'a pas apporté d'élément nouveau susceptible d'accélèrer une solution. La Corée du Sud qui cherche désespérément à faire baisser la tension et désamorcer tout risque de guerre dans la péninsule a fait contre mauvaise fortune bon coeur. "Nous saluons le discours du président Bush au cours duquel il a souligné de nouveau le principe d'une solution pacifique de la question nucléaire par des efforts diplomatiques", a dit Lim Dong-Wan, le conseiller du président Kim Dae-Jung sur la Corée du Nord.

M. Lim s'exprimait devant la presse à son retour d'une mission de trois jours à Pyongyang qui n'a pas débouché sur les résultats espérés. L'émissaire de la présidence sud-coréenne n'a pas pu rencontrer Kim Jong-Il, et les médias officiels du régime stalinien ont réaffirmé que la crise ne trouverait d'issue que dans des négociations directes avec Washington et un pacte de non-agression, des conditions rejetées par les Etats-Unis.

M. Lim a cependant noté que le dirigeant du Nord lui avait fait savoir qu'il remerciait le président Kim d'avoir dépêché un envoyé "porteur d'une lettre contenant des conseils chaleureux". "Il a déclaré qu'il étudierait en profondeur les conseils et nous ferait savoir plus tard" sa réponse, a ajouté M. Lim. La lettre demandait à Kim Jong-Il de faire la lumière sur son programme présumé d'enrichissement d'uranium et de le démanteler si son existence était confirmée.

Le responsable sud-coréen a cependant mis en garde contre tout espoir excessif. "Une solution de la question nucléaire va demander un long processus de dialogue et de négociations. Il ne semble pas y avoir de solution rapide", a-t-il dit. A Séoul, un responsables des Affaires étrangères s'est félicité de la confirmation de la ligne plus souple adoptée par l'administration américaine sur la Corée du Nord que sur l'Irak. "C'est une expression très équilibrée et modérée de sa politique. Nous saluons la réaffirmation par le président Bush des avantages que la Corée du Nord peut obtenir à certaines conditions", a-t-il dit.

© AFP
Des soldats américains basés en Corée du Sud écoutent le discours de Bush
© AFP Kim Jae-Hwan
Le président américain a déclaré que la Corée du Nord devait abandonner ses ambitions nucléaires pour retrouver le respect de la communauté internationale. Il a accusé le régime de Pyongyang d'être oppressif et de faire vivre son peuple dans "la peur et la famine" et ajouté que "les Etats-Unis et le monde ne seront pas soumis au chantage" nucléaire. Mais il a réaffirmé que Washington continuait de chercher une solution pacifique en coopération avec les voisins de la Corée du Nord.

La bourse de Séoul a chuté de 2,87% après le discours de M. Bush, les investisseurs estimant qu'il n'apportait pas perspective de déblocage.

Séoul avait espéré que la visite de M. Lim à Pyongyang permette une percée et évite que la question nord-coréenne soit portée devant le Conseil de sécurité de l'ONU où elle risque de s'aggraver.

L'émissaire du président Kim a par ailleurs fait état d'un progrès dans les relations intercoréennes lors de sa mission. Les deux gouvernements se sont mis d'accord pour achever le mois prochain une première liaison ferroviaire à travers leur frontière en plus d'un demi-siècle, a-t-il déclaré.


Mercredi 29 janvier 2003
Michel Barnier, commissaire européen, défend le soutien au développement des pays de l'Est sans oublier celui aux Quinze :
«l'UE doit augmenter l'effort de solidarité»
Par Julie MAJERCZAK et Jean QUATREMER

mercredi 29 janvier 2003


 
 
 

Michel Barnier, ex-ministre français : «La solidarité de l'UE doit s'exercer partout où elle est nécessaire. Dans les régions pauvres de l'Est comme dans celles de l'Ouest.»
  Bruxelles (UE) de nos correspondants

ilnius ou Lisbonne ? L'élargissement va-t-il obliger les Quinze à choisir entre leurs «pauvres» ? De fait, si le budget consacré aux aides régionales n'augmente pas, tout l'argent européen consacré à la réduction des inégalités entre les régions filera à l'Est. Evidemment inacceptable, sauf à vouloir chatouiller l'euroscepticisme des pays de l'Ouest. La France, par exemple, a reçu 15 milliards d'euros sur la période 2000-2006. Alors que la Commission va adopter, demain, son deuxième rapport sur la «cohésion économique et sociale», Michel Barnier, le commissaire chargé du dossier, plaide, dans un entretien à Libération, pour une augmentation conséquente du budget consacré à la seconde politique européenne, après la politique agricole commune.

Avec l'élargissement, les aides régionales (fonds structurels) ne vont-elles pas bénéficier exclusivement aux pays de l'Est, qui accusent un très fort retard de développement ?

Il est clair que le centre de gravité de la pauvreté va se déplacer à l'Est. Mais ce n'est pas parce que l'on fait entrer des régions très pauvres de Hongrie, d'Estonie ou de Pologne dans l'Union que les régions en difficulté du sud de l'Italie, d'Espagne, de Grèce ou des DOM français vont brusquement devenir riches (1). Il s'agit là d'un effet d'optique: les régions pauvres de l'Europe de l'Ouest resteront pauvres, mais elles ne seront plus aidées. Comme les bassins industriels de Lorraine ou du Nord-Pas-de-Calais, les quartiers les plus défavorisés de Londres ou de Naples, où il existe des inégalités insupportables. Il faut donc continuer à leur venir en aide. La solidarité de l'UE doit s'exercer partout où elle est nécessaire. La bonne proportion serait de réserver deux tiers des aides pour les régions les plus en difficulté et un tiers pour les autres, à travers quatre ou cinq objectifs politiques ciblés, comme la question urbaine, la reconversion, les régions à handicaps...

Si l'on veut aider à la fois les régions pauvres des pays de l'Est et celles des Quinze, il va falloir augmenter le budget...

C'est indispensable. Les inégalités seront multipliées par deux dans l'Europe élargie. Il y aura 116 millions de personnes vivant dans des régions en retard de développement, contre 68 millions aujourd'hui. La responsabilité des chefs d'Etat et de gouvernement sera de décider, le moment venu, de mettre le budget en accord avec leur décision politique d'élargir l'Union, c'est-à-dire d'augmenter l'effort de solidarité. Aujourd'hui, la politique de cohésion représente 0,32 % du PIB communautaire, c'est-à-dire 30 milliards d'euros par an. Ce qui n'est pas beaucoup. Mais le budget de l'Union s'élève lui-même à peine à 1 % du PIB communautaire. Je pense que le seuil minimal de la future politique de cohésion doit être de 0,45 % du PIB communautaire, soit 10 à 15 milliards de plus qu'aujourd'hui.

Les pays candidats seront-ils capables d'utiliser autant d'argent, alors que l'on sait que leurs administrations ne sont pas prêtes, quand elles ne sont pas corrompues ?

On a plus d'expérience, notamment à la suite des problèmes que nous avons connus en Italie ou en Grèce. Nous allons aider ces pays à moderniser leur administration et à faire reculer la corruption. Les fonds structurels doivent être un levier. Il y a des règles pour les marchés publics, des évaluations et des comptes à rendre pour en bénéficier.

Qui va accepter de payer, alors que les Etats cherchent plutôt à réduire leurs dépenses ?

Derrière cet argent, il y a une certaine idée de l'Europe : nous ne sommes pas, nous ne devons pas être seulement un supermarché, comme l'a dit Jacques Delors au début des années 90. Nous sommes dans une économie sociale de marché, et «sociale», à cet endroit, veut dire redistribution entre Etats riches et Etats pauvres. La réussite de l'UE a un prix. Il faut tout mettre dans la balance, et pas seulement l'argent qu'on dépense. Ces régions qu'on aide cessent d'être des régions d'émigration clandestine ou officielle. Quand les gens ont un avenir chez eux, ils n'émigrent plus, ils ne sont plus la proie de tous les trafics. Qui parle aujourd'hui des problèmes de l'immigration portugaise en France ? Grâce son adhésion à l'UE, grâce à l'effort de solidarité, le Portugal a construit progressivement un avenir chez lui pour ses enfants. Il va se passer la même chose avec l'Est. Et je dirais même que cela va se produire plus vite. On sous-estime la capacité et l'intelligence de ces pays. Mieux : une partie de la croissance qui nous manque va venir de chez eux. La reconstruction que nous allons aider va entraîner, non pas un New Deal, mais quelque chose qui y ressemblera... A condition que le contexte mondial soit favorable. En outre, et c'est une leçon de ce rapport, les pays riches qui paient pour les régions pauvres des autres Etats sont loin d'être perdants : cet argent produit du chiffre d'affaires, qui bénéficie à hauteur de 25 % à des entreprises de ces pays riches. Enfin, il ne faudrait pas oublier ce que représenterait le coût du non-élargissement, ou plutôt celui d'un élargissement raté, en matière de concurrence sauvage, de délocalisations, d'immigration clandestine et de réseaux mafieux qui se développent sur la pauvreté.

(1) Les aides bénéficient surtout aux régions dont le revenu par tête est inférieur à 75 % du PIB communautaire par habitant. La moyenne européenne va donc baisser avec l'élargissement, ce qui va entraîner l'exclusion des régions d'Europe de l'Ouest du régime des aides.


Mercredi 29 janvier 2003
ETATS-UNIS

Les principaux points
du discours de George W. Bush


Voici les principaux points du discours sur l'état de l'Union prononcé par George W. Bush mardi à Washington devant le Congrès en session plénière:

IRAK
-Le secrétaire d'Etat Colin Powell présentera devant le Conseil de sécurité des Nations unies mercredi des preuves de liens en Bagdad et des réseaux terroristes et du refus de l'Irak de désarmer.
-Le monde ne peut pas se permettre d'attendre que la menace irakienne soit imminente, avance Bush. «Depuis quand les terroristes et les tyrans nous avertissent-ils de leurs intentions, nous font-ils poliment savoir qu'ils vont frapper?»

GUERRE CONTRE LE TERRORISME
-Création d'un centre de traitement de la menace terroriste au sein du ministère de la Sécurité intérieure. Ce centre réunira tous les services de renseignements sur le terrorisme, intérieur et international.
-Demande au Congrès d'allouer un budget de six milliards de dollars sur dix ans pour rendre rapidement disponibles vaccins et traitements contre les armes bactériologiques telles que la peste et le bacille de la maladie du charbon.

LE SIDA EN AFRIQUE
-George W. Bush annonce le lancement d'un programme d'aide de 15 milliards de dollars sur cinq ans pour combattre le SIDA en Afrique et dans les Antilles.

COUVERTURE MEDICALE
-George W. Bush promet le vote d'un budget de 400 milliards de dollars sur dix ans pour modifier la couverture médicale, offrant aux Américains les plus âgés le choix entre plusieurs programmes incluant la prescription.

RETRAITES
-George W. Bush renouvelle son soutien à un système de retraite par épargne.

AVORTEMENT ET CLONAGE
-George W. Bush demande au Congrès d'interdire le clonage humain.

ENVIRONNEMENT
-Le président américain propose de consacrer un budget de 1,2 milliard de dollars sur une période indéterminée pour accélérer la mise au point de véhicules mus par l'hydrogène et sans émission atmosphérique.

LUTTE CONTRE LA DROGUE
-George W. Bush demande une augmentation de 600 millions de dollars sur trois ans des programmes fédéraux de traitement des problèmes liés à la drogue. AP


Mardi 28 janvier 2003
ZIMBABWE Désaccord des ministres européens
L'affaire Mugabe embarrasse les Quinze


Bruxelles : de notre correspondant Philippe Gélie
[28 janvier 2003]

C'est un casse-tête juridico-diplomatique qui pourrait servir de sujet d'examen à l'ENA : peut-on prolonger des sanctions contre le Zimbabwe, qui bafoue les droits de l'homme, tout